Le musée Réattu s'invite dans les rangs du Master

10/09/2015


« Je chante une jeune fille de Provence.  
Dans les amours de sa jeunesse,  
A travers la Crau, vers la mer, dans les blés,
Humble écolier du grand Homère,
Je veux la suivre. »

Extrait de Mireille (1859), Frédéric Mistral

Si cet article démarre par un poème de ce cher poète provençal Frédéric Mistral ce n’est pas un hasard. En effet il y a quelques jours les élèves du Master ont pu rencontrer Pascale Picard, directrice du musée Réattu à Arles qui conserve entre ses murs des collections d’œuvres allant de Jacques Réattu à Picasso, en passant par la photographie, l’architecture et surtout un grand travail réalisé par Christian Lacroix. Ce dernier, natif d’Arles comme chacun le sait, consacre une partie de son temps à cette ville et surtout à ce musée qui lui est cher. L’édifice lui doit notamment le réaménagement d’une partie de ses collections, l’éclairage extérieur nocturne coloré du musée et une exposition qui lui avait été consacrée en 2008 à laquelle il a participé en proposant ses œuvres mais également en travaillant sur l’habillage des sols, des murs et sur la mise en scène.

Bien que tout ceci soit très instructif, cela n’explique pas la présence de Mireille, muse de Frédéric Mistral. Et pourtant le lien est simple : le musée se situe dans la ville d’Arles et cette chère Mireille n’est autre qu’une des fameuses Arlésiennes, symbole de cette ville depuis le XIXe siècle et que l’on retrouve encore de nos jours dans les crèches en Provence. Et c’est principalement sur ce sujet qu’était tournée l’intervention de Mme Picard qui a souhaité nous faire découvrir ou redécouvrir l’histoire de ces femmes qui ont inspiré tant d’artistes.

Comme en témoigne L’atelier de couture d’Antoine Raspal, peint vers 1785, on voit apparaître des prémices de cette tenue dès la fin du XVIIIe siècle. En effet à cette époque cohabitent des femmes portant une coiffe qui semble enroulée autour de leurs cheveux et un droulet (costume de l’époque composé d’une pièce à manches avec de longs pans de robe) avec des femmes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie habillées de robes à la française.

Cette tenue va évoluer sous le Second Empire pour devenir le costume classique de l’Arlésienne : jupe ample ou à crinoline, manches pagodes, fichu (souvent en Indienne) croisé au niveau de la poitrine et guidon (coiffe). Pour les activités nécessitant une tenue plus confortable ou pour le travail, les femmes portent « l’habit de Mireille » constitué d’une jupe en coton, d’un tablier, d’un fichu croisé sur la poitrine et d’une coiffe.

Ces femmes, ces Arlésiennes, ont passionné la majorité des artistes faisant escale à Arles tels que Picasso, Gauguin et Van Gogh qui vont tous réaliser un portrait d’Arlésienne. Frédéric Mistral, le plus épris de ces femmes, a entrepris un travail de recherches conséquent l’ayant mené au constat suivant : La beauté de l’Arlésienne est telle qu’elle ne peut qu’être la fille de la déesse Vénus. Le poète est allé jusqu’à ouvrir le Museon Arlaten en 1899 qui leur est en partie consacré et qui conseille aux femmes de conserver ad vitam aeternam cette tenue, ce qui est en contradiction totale avec les mœurs de l’époque car les femmes commencent à vouloir se libérer des jupons volumineux et des corsets extrêmement contraignants.

Nous remercions vivement Mme Picard de nous avoir transmis sa passion et son savoir et d’avoir partagé avec nous son quotidien au musée.

Sources : http://www.museereattu.arles.fr

http://castets.pagesperso-orange.fr/Provence%20tradition/costume/costume.html

Sophie Agostino, Master 2 Métiers de la Mode et du Textile AMU